mardi 18 avril 2017

Vermeer et moi

Bonjour tout le monde,

Pour une fois, cette note collera avec l'actualité puisque je vais vous parler de Vermeer. Comme vous le savez sans doute, le Louvre propose une exposition sur le peintre hollandais et ses compatriotes, intitulée " Vermeer et les maîtres de la peinture de genre " (expo ouverte jusqu'au 22 mai). 
Or, il y a quelques temps, j'ai sorti de ma PAL un livre que j'avais envie de lire depuis un moment et qui, heureuse coïncidence, met en scène Vermeer, et plus particulièrement un tableau de Vermeer puisqu'il s'agit de :

CHEVALIER Tracy, La jeune fille à la perle (Gallimard, 2010)
 
Présentation de l'éditeur : " La jeune et ravissante Griet est engagée comme servante dans la maison du peintre Vermeer. Nous sommes à Delft, au dix-septième siècle, l'âge d'or de la peinture hollandaise. Griet s'occupe du ménage et des six enfants de Vermeer en s'efforçant d'amadouer l'épouse, la belle-mère et la gouvernante, chacune très jalouse de ses prérogatives. Au fil du temps, la douceur, la sensibilité et la vivacité de la jeune fille émeuvent le maître qui l'introduit dans son univers. À mesure que s'affirme leur intimité, le scandale se propage dans la ville... Un roman envoûtant sur la corruption de l'innocence, l'histoire d'un cœur simple sacrifié au bûcher du génie. "
 
On suit donc l'histoire (racontée à la 1ère personne) de Griet, une adolescente de 16 ans, issue d'une famille d'artisans protestants. Suite à l'accident de son père, fabricant de carreaux de faïence devenu aveugle, elle est amenée à subvenir aux besoins de sa famille et c'est ainsi qu'elle devient servante dans la famille Vermeer. Au départ, ses premiers pas sont difficiles, notamment à cause de Cornelia, l'une des filles de la famille (l'archétype de la peste) mais aussi à cause de la séparation d'avec sa propre famille qui forcément est difficile à appréhender pour une jeune fille de 16 ans. Petit à petit, Griet prend ses marques et commence à apprécier travailler chez les Vermeer. Spécialement lorsqu'elle fait le ménage dans l'atelier de peinture de son maître. Car là, elle découvre un univers qu'elle ne connaissait pas : la peinture.
 
La jeune fille à la perle, c'est avant tout un livre d'initiation au monde de la peinture, de l'art. Grâce à Griet, on découvre l'univers du peintre, de la création d'un tableau. Tout d'abord, on reste à la surface des tableaux que Griet décrit simplement à son père aveugle tels qu'elle les voit et comprend. Puis, petit à petit, le regard de Griet s'aiguise et elle commence à comprendre comment se compose une image, comment tel objet rappelle tel mouvement du modèle. Vermeer comprend alors que la jeune fille a une sensibilité à part, qu'elle a un regard. Commence alors une sorte de transmission entre le peintre et sa servante puisqu'il lui explique que les couleurs que l'on voit contiennent bien plus de couleurs que l'on croit (comme ce nuage blanc qui n'est pas si blanc que ça). Puis, il lui explique comment fonctionne la caméra noire qui lui permet de composer ses tableaux. L'apprentissage va jusqu'à la composition des couleurs puisque Vermeer confie à Griet la responsabilité de fabriquer les couleurs dont il a besoin à partir de différents matériaux. Il la fait ainsi complètement entrer dans son monde, ce qui n'est pas le cas de sa famille (sauf sa belle-mère qui s'occupe de vendre les tableaux). Dès lors, Griet va s'attirer la jalousie de Catharina, la femme de Vermeer. D'autant plus qu'elle va devenir un objet de désir.

Car La jeune fille à la perle est aussi un roman sur l'éveil à la sensualité. Ou quand une jeune fille, une enfant, devient une jeune femme. Griet est une adolescente réservée et n'a jusque-là jamais attiré l’œil des hommes. En entrant au service des Vermeer, cela va vite changer. D'abord avec le fils du boucher, Pieter, un jeune homme charmant qui lui fait la cour. C'est un amour innocent, d'adolescent, mais qui éveille Griet comme objet de désir. Il y a la jalousie des femmes de la maison, qui la voient comme un danger et ainsi lui confèrent une dimension sensuelle qu'elle ne pensait pas avoir. Il y a le regard de convoitise de Van Ruijven, le mécène de Vermeer, qui la voit comme une jeune vierge avec qui il aimerait coucher. Et bien sûr, devenir l'objet de convoitise des ardeurs perverses de cet homme effraie Griet. Mais attire aussi le regard de Vermeer sur elle. Car en la protégeant de Van Ruijven, le peintre va la découvrir également comme une jeune fille qui s'épanouit à la sensualité. Une enfant qui devient une femme. Et qui va éprouver à son tour du désir. 

J'ai beaucoup aimé ce roman pour la sensibilité qui s'en dégage, pour l'appel aux sens (la vue, le toucher), pour sa pudeur également. Car tout est suggéré de manière sensible, voilée. Comme une caresse sur la peau. J'ai apprécié le personnage de Griet, comment elle évolue, s'affirme, devient petit à petit une jeune femme en s'éveillant à la fois à la sensualité (notamment avec Pieter) et au savoir grâce à Vermeer. Le personnage du peintre est attachant bien que l'on en sache finalement peu sur lui : il est l'artiste calme, silencieux, perdu dans son univers mais à la fois l'être le plus humain de la famille, ou en tout cas celui qui ne méprise pas Griet, qui ne la voit pas comme une simple servante mais comme un être humain, presque comme une égale d'autant plus qu'elle comprend vite son univers. Leur relation est touchante. Les personnages secondaires sont aussi savoureux, notamment la belle-mère, assez sarcastique, et l'apothicaire, meilleur-ami de Vermeer et image bienveillante dans cette société du 16e siècle où les servantes son méprisées. Car la force du roman de Tracy Chevalier est de nous plonger dans cette Hollande puritaine où le corps des femmes était caché (sauf à être considérée comme une prostituée). Ainsi, c'est un peu avec stupeur que j'ai découvert qu'une jeune fille ne pouvait pas aller les cheveux libres sauf à signifier qu'elle était une prostituée (ce qui explique que Griet cache ses cheveux sous sa coiffe). Où un simple tableau d'une jeune fille avec des boucles d'oreilles devient un objet de scandale à cause de la sensualité qui s'en dégage. 

En conclusion : un joli roman plein de pudeur et de sensualité sur l'éveil d'une jeune fille au désir, sur son entrée dans l'âge adulte et sur la peinture de Vermeer qui ne donne qu'une envie - aller voir les tableaux de Vermeer (alors si vous avez l'occasion d'aller au Louvre, allez-y !)
 
En complément de la lecture, j'ai également visualisé l'adaptation ciné de Peter Webber avec Scarlett Johansson et Colin Firth dans les rôles de Griet et Vermeer. Si dans l'ensemble, j'ai bien aimé, j'ai regretté que le film efface complètement la famille de Griet (on aperçoit à peine ses parents et il n'est pas mentionné ses frères et sœurs - qui jouent pourtant un rôle important, le 1er parce qu'il est son confident car tous deux vivent le même éveil au désir et la 2nde car elle va marquer la séparation de Griet avec sa famille) et le rôle de Pieter le fils est complètement effacé. De plus, la belle-mère est présentée surtout comme une femme acariâtre, alors que dans le livre, on sent qu'elle aime bien Griet et elle est complice avec son gendre quand il décide de peindre Griet. Mais cependant, c'est un joli film et Scarlett Johansson et Colin Firth sont parfaits en Griet et Vermeer :


 
 
 
  

mardi 11 avril 2017

Logan


Logan (USA)
de James Mangold avec Hugh Jackman, Patrick Stewart, Dafne Keen...
 
Synopsis : "  Dans un futur proche, un certain Logan, épuisé de fatigue, s’occupe d’un Professeur X souffrant, dans un lieu gardé secret à la frontière Mexicaine. Mais les tentatives de Logan pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont s’épuiser lorsqu’une jeune mutante traquée par de sombres individus va se retrouver soudainement face à lui. " (source Allô Ciné)
INTERDIT AUX MOINS DE 12 ANS 
 
Je fais partie des adeptes des films de supers-héros. Particulièrement ceux de Marvel, et particulièrement des X-Men. C'est simple, je les ai tous vu. Oui, même " X-Men Origines ", le premier film centré sur Wolverine (Hugh Jackman). Autant dire que je m'y connais un petit peu.
Pourtant, j'ai été surprise par " Logan ". Tout simplement parce qu'il ne ressemble pas à un film de supers-héros. Ici, pas de grandes explosions, de supers effets spéciaux et de punchline pleine d'humour. " Logan " ressemble plus à un film de Clint Eastwood (comme " Gran Torino ") qu'à un film de supers-héros. 
50 ans après " X-Men : Days of Future Past ", on retrouve un Logan très fatigué, usé physiquement, déprimé et alcoolique. Bref, pas au top de sa forme. Il survit comme conducteur d'une limousine taxi et fait des allers-retours entre les États-Unis et le Mexique où il s'est réfugié. Et où il cache le Professeur Xavier, affaibli et proche de la démence (souffrirait-il d'une forme d'Alzheimer ?), dont il s'occupe comme il peut, notamment en lui fournissant des médicaments qu'il a obtenu en corrompant un infirmier. On comprend vite que tous deux, ainsi que Caliban (Stephen Mercant), un mutant albinos, sont les derniers mutants restants. 
Tout se corse lorsque Logan est pris à parti par Donald Pierce (Boyd Holbrook), un milicien à la recherche d'une mère et sa fille et qui en sait beaucoup sur Logan et sur le Professeur Xavier (qui est recherché par tout le monde car il est " le cerveau le plus dangereux qui existe au monde, équivalent d'une arme nucléaire "). Comme à son habitude, Logan l'envoie bouler (sinon, ça ne serait pas Logan). Et comme d'habitude, Logan croise le chemin de l'infirmière Gabriela (Elizabeth Rodriguez) et sa fille Laura (Dafne Keen), les 2 fugitives pourchassées par Pierce. Gabriela demande son aide à Logan. Comme d'habitude, Logan l'envoie bouler. Avant de revenir sur ses pas. Et de se retrouver contraint de s'occuper de Laura.
Sauf que Laura n'est pas une fille comme les autres. Bon, déjà, elle fait flipper avec son regard noir, son air mutique et son sale caractère (l'actrice est géniale). Tiens, ça fait penser à quelqu'un, mais à qui ? À Logan, non ? Et la ressemblance ne s'arrête pas là quand on découvre, dans une scène de confrontation mémorable avec les sbires de Pierce, que la demoiselle est aussi habile... avec ses griffes !! Les mutants ne seraient-ils donc pas tous morts ?
Logan embarque alors avec le Professeur Xavier et Laura dans un voyage à la recherche des autres enfants qui, comme Laura, ont été créés scientifiquement pour devenir de nouveaux mutants. Et voilà que Logan se transforme en buddy-movie, où les personnages, partis sur la route, apprennent petit à petit à se connaître, tout en essayant de fuir la menace qui se rapproche de plus en plus d'eux...

Même s'il ne ressemble pas aux autres " X-Men ", et notamment qu'il n'a pas adopté leur côté fun, j'ai beaucoup aimé ce " Logan ". C'est de loin le meilleur de la trilogie consacrée au personnage de Wolverine. Déjà parce qu'il permet de montrer que Hugh Jackman est un bon acteur. Et oui, il n'est pas seulement une montagne de muscles. Il incarne ici un Logan fatigué, déprimé, écorché vif, qui en a lourd sur la patate, comme on dit. Un personnage fragile sous ses airs de loup grincheux. Et un héros qui vieillit et accuse les années (comme un effet miroir de l'acteur - qui incarne quand même ce personnage depuis 17 ans !!). Car " Logan " évoque également le temps qui passe, la vieillesse et ce qui va avec : la maladie, la déchéance des corps, la dépendance de la personne âgée (évoquée dans cette scène où Logan aide le Professeur Xavier à aller aux toilettes). En soi, tout en étant le plus sombre de la saga, c'est peut-être aussi le plus intimiste, celui qui traite de sujets de la vie de tous les jours comme le ferait n'importe quel film indépendant. En miroir avec la vieillesse, " Logan " traite également de la transmission, avec l'arrivée de Laura, cette jeune fille sauvage qui rappelle tant Logan au Professeur Xavier. Et " Logan " devient un film initiatique, où Logan et le Professeur Xavier apprennent des leçons de vie à Laura - et vice versa. Comme ce joli moment où le Professeur Xavier et Laura regardent un western et que Xavier explique à Laura ce que ce film évoque pour lui. 

" Logan " est sans aucun doute l'un des meilleurs films de la saga " X-Men " parce qu'il ne ressemble pas aux autres films et pour tous les sujets dont il traite et que je viens de vous évoquer. Bon, on y retrouve quand même les scènes de combat dont est adepte Logan - et là elles sont assez sanglantes, il faut l'avouer. On ne s'ennuie pas un moment dans la fuite en avant des personnages, on espère de tout cœur qu'ils s'en sortiront. Et le film nous arrache aussi quelques larmes (mais je ne vous dirai pas quand ni pourquoi). Le seul bémol : il évoque des événements (notamment une catastrophe provoquée par le Professeur Xavier et qui aurait tué des mutants) mais sans les expliquer, ce qui nous laisse sur la faim. Ne reste plus qu'à espérer que les prochains " X-Men " en dévoileront des éléments...
 
En conclusion : un film de supers-héros qui n'en est pas vraiment un, un buddy movie initiatique qui offre une jolie conclusion à la trilogie sur Logan/Wolverine.
 
 



vendredi 7 avril 2017

L'opposum rose


AXAT Federico, L'opposum rose (Calmann-Lévy, 2016)

Présentation de l'éditeur : " Désespéré, Ted McKay est sur le point de se tirer une balle dans le crâne lorsque le destin s'en mêle et qu'un inconnu sonne à sa porte. Et insiste. Jusqu'à lui glisser un mot sur le palier. Un mot écrit de la propre main de Ted, et on ne peut plus explicite : Ouvre la porte. C'est ta dernière chance. Comment est-ce possible ? Ted ne se souvient absolument pas avoir écrit ce mot. Intrigué, il ouvre à l'inconnu, un certain Justin Lynch. Et se voit proposer un marché séduisant qui permettrait d'épargner un peu sa femme et ses filles : on lui offre de maquiller son suicide en meurtre. Mais qui est vraiment ce Lynch ? Et quelles sont ses conditions ? "

En me baladant dans une librairie, j'ai découvert ce livre présenté comme coup de cœur par les libraires. En plus de son titre quelque peu énigmatique et décalé par rapport au résumé, j'ai été attirée par les commentaires qui faisaient le parallèle entre ce roman et les univers de Shutter Island et d'Alfred Hitchcock. Forcément,ça donne envie.
On découvre donc l'histoire de Ted McKay, un jeune homme présenté comme charismatique, père de famille et mari comblé. Du moins en apparence. Car quand on découvre Ted, il est sur le point de se suicider dans son bureau après avoir tout organisé. Soudain, quelqu'un sonne à la porte. Ted hésite et c'est là qu'un premier mystère apparaît : une lettre écrite de sa propre main mais dont il ne se souvient pas et qui lui ordonne d'ouvrir la porte. Dubitatif face à cette découverte, il obéit et fait entrer dans sa vie un inconnu qui se présente comme Justin Lynch. Si Ted ne le connaît pas, Justin sait tout de lui. Il fait partie d'une organisation qui recherche des personnes suicidaires pour leur proposer un marché : cacher leur suicide en meurtre pour que la situation soit plus acceptable pour les proches, en contrepartie de quoi les candidats au suicide doivent les aider à éliminer une autre personne. Au bord du désespoir, Ted n'hésite pas et accepte. Et le voilà devenu tueur professionnel. Sa cible ? Un homme soupçonné d'avoir tué sa petite-amie mais blanchi par la justice. Ted arrivera-t-il à faire justice en tuant la personne ? Bon, je ne maintiendrai pas le mystère plus longtemps : il tue le meurtrier, un dénommé Blaine. De ce fait, Justin lui propose un autre deal : tuer un suicidaire comme lui. Ted s'exécute. Et c'est là que tout se complique. Car la situation n'est pas aussi simple qu'il le croyait, le suicidaire n'en est pas vraiment un. Et un opposum se mêle à l'histoire.

Et très vite, le parallèle avec Shutter Island de Dennis Lehane (voire même avec le film " Inception ") se fait. Si vous connaissez l'un et/ou l'autre, vous comprenez très bien ce que je veux dire. Si ce n'est pas le cas, je peux juste vous dire une chose : les apparences sont trompeuses. Ou, comme le disait le générique de la série " X-Files ", la vérité est ailleurs. 
Il est très difficile de résumer l'intrigue de L'opposum rose sans la spolier. C'est un thriller psychologique qui nous entraîne dans un labyrinthe où le héros, Ted, essaie de s'extirper, aidé par sa psychologue. On essaie avec lui de démêler le vrai du faux, des situations qui se sont vraiment passées de celles qui ne se sont pas réalisées : Ted a-t-il vraiment tué Blaine ? Blaine a-t-il tué sa petite-amie ? L'organisation de Justin existe-t-elle ? Et pourquoi, pourquoi ce damné opposum apparaît-il ?
Pour cette dernière question, on ne saura pas vraiment la raison. Pour le reste, l'auteur nous délivre les clés du labyrinthe au fur et à mesure, à l'aide notamment de flashbacks qui nous en dévoilent plus sur l'histoire et le caractère de Ted. Qui est un homme bien plus complexe que ce que l'on croirait au début.
L'opposum rose est un thriller psychologique bien écrit, prenant, à l'intrigue complexe et bien menée. Cependant, je n'ai pas été totalement surprise par certains dénouements, notamment parce que j'ai vu et lu Shutter Island et que L'opposum rose reprend une des clés de l'histoire. De plus, même si les personnages sont bien dépeints, je n'ai pas vraiment accroché avec eux (pour le coup, je ne saurais pas vraiment dire pourquoi). À part peut-être pour les personnages de Marcus et Justin. Et puis, si l'auteur arrive à tout expliquer de manière crédible, j'avoue être restée sur ma faim, d'autant plus que la fin est quelque peu mystérieuse. 

En conclusion : un bon thriller à l'intrigue labyrinthique bien menée mais parfois prévisible, aux personnages bien décrits mais pas forcément attachants, qui a cependant le potentiel pour être adapté au ciné et en faire un très bon thriller. 

PS : si vous l'avez lu, peut-être pourriez-vous m'éclairer : que vient faire l'opposum dans toute cette histoire ? À vos idées !
 

mardi 4 avril 2017

Split

Après la science-fiction avec " Passengers " et la comédie musicale avec " La La Land ", je vous propose d'embarquer dans le monde à la limite du fantastique, du thriller et de l'horreur de M. Night Shyamalan avec " Split ". 

Split (USA) :
de M. Night Shyamalan avec James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Betty Buckley...
 
Synopsis : " Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey, aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats." (source Allô Ciné)  
INTERDIT AUX MOINS DE 12 ANS
 
Autant le dire, je ne suis pas forcément une adepte des films d'horreur. En général, je ne me déplace pas au ciné pour en voir un. Cependant, " Split " avait 2 arguments pour me pousser à aller le voir. Le premier : M. Night Shyamalan, le réalisateur du " Sixième sens ", film que j'avais adoré. Le deuxième (et le principal, j'avoue) : James McAvoy. J'adore cet acteur, non seulement parce qu'il est beau (car il l'est, on ne va pas se mentir) et qu'il a l'air d'être un type très cool, mais parce que c'est aussi un super acteur. C'est simple, je n'ai vu aucun film avec lui que je n'ai pas aimé (oui même " Narnia "). Donc forcément, quand j'ai appris qu'il jouait dans le nouveau M. Night Shyamalan, et qu'il incarnait un schizophrène aux 23 personnalités, je n'ai eu qu'une chose à faire : foncer voir " Split ".

Dès la scène d'ouverture, j'ai été embarquée dans l'histoire. Car on suit Casey (Anya Taylor-Joy, une révélation), une jeune fille effacée, asociale et marginalisée par ses camarades. Elle est à une fête d'anniversaire d'une de ses camarades mais on sent très bien qu'elle a qu'une envie : être ailleurs. Puis, le père de sa camarade lui propose de la ramener, lui et une autre amie de sa fille. Et là, j'avoue adorer la manière de filmer la scène qui vient. Car on est dans la voiture avec Casey à l'avant, les 2 autres ados (des petites bimbos) s'amusent sur leur smartphone, pendant que le père range des affaires dans le coffre. On entend un bruit sourd. Casey (et la caméra avec) regarde dans le rétroviseur et voit les paquets par-terre. Bizarre. Là, la porte du conducteur s'ouvre et le conducteur s'assoit. Casey (et la caméra) se tourne vers le conducteur. Ce n'est pas le père mais un inconnu. Il nettoie le volant, asphyxie les filles à l'arrière avant d'asphyxier Casey.
Quand elle se réveille, la caméra suit encore le regard de Casey, allongée sur un lit de camp. Elle découvre qu'elle et ses camarades ont été enlevées par un homme qui se présente comme s'appelant Dennis, un homme strict et très maniaque. Ou bien s'appelle-t-il Hedwig et est un gamin espiègle de 9 ans. Ou Patricia et est une femme élégante. Car les adolescentes découvrent vite qu'elles ont affaire à un schizophrène qui les a enlevé dans un seul but : les offrir comme offrande à la Bête.

Si, comme moi, vous adorez James McAvoy, alors vous ne serez pas déçu(s) par " Split ". Tout simplement parce que le film est un superbe terrain de jeu pour l'acteur. Si vous doutiez de son talent, " Split " va vous mettre d'accord : James McAvoy est tout simplement l'un des meilleurs acteurs de sa génération. Dans " Split ", il enchaîne les personnalités de son personnage avec une aisance incroyable, modifiant son apparence, son attitude, sa manière de parler et de bouger, selon la personnalité dominante. Tantôt, avec ses grands yeux pleins de malice, il parle avec un cheveu sur la langue et incarne un enfant plein d'insouciance. Tantôt, raide, avec des gestes lents et mesurés, il incarne Patricia, une femme élégante, posée et cultivée (qui rappelle d'ailleurs la psychiatre incarnée par Betty Buckley). Tantôt il est Dennis, un homme strict et plein de tocs, qui refoule ses pulsions sexuelles. Et puis, il est aussi Barry, un styliste maniéré. Un seul changement de voix, de posture, et l'on sait tout de suite à quelle personnalité Casey et les autres personnages ont affaire. En soi, " Split " était un sacré challenge que James McAvoy remporte haut la main. Si le film a une moindre chance d'être aux Oscars 2018, l'acteur mérite de remporter l'Oscar du Meilleur acteur.

Face à lui, Anya Taylor-Joy incarne Casey, une adolescente asociale, mal dans sa peau et d'apparence fragile qui est bien plus forte et maligne que ce que ses camarades pensent. Elle comprend très vite comment fonctionne son kidnappeur et c'est elle qui lie contact (notamment avec Hedwig). Elle permet ainsi à une de ses camarades d'échapper aux pulsions sexuelles de Denis. De plus, on apprend, au travers de flashbacks qui coupent l'intrigue, qu'elle se trimballe également de lourdes casseroles. Tout comme Kévin, le vrai prénom de son kidnappeur. 

" Split " est un thriller en huis clos. Huis clos avec les filles enfermées dans des pièces exigües, loin de toute communication. Huis clos également quand Kévin va voir sa psychiatre dans son cabinet. Psychiatre qui va tenter d'aider Kévin quand elle est alertée par Barry de l'arrivée de la Bête, une facette mythologique à laquelle adhère le trio Patricia/Denis/Hedwig et qui prend peu à peu le dessus sur les autres personnalités. La psychiatre d'un côté, Casey et ses amies de l'autre, toutes essaient de démêler les fils de la psychologie complexe de Kévin et de s'en sortir avant que la Bête n'arrive...

Et c'est là que le bât blesse. Car la Bête se fait attendre. Et de ce fait, le film tire un peu sur sa longueur. Même si cet aspect fantastique est intéressant (et plonge pour le coup véritablement le film dans l'horreur quand elle se déchaîne), quand la Bête arrive enfin, on se dit : il était temps ! Bon, là aussi, on est bluffés par la performance de James McAvoy en Bête. Ainsi que par la révélation sur Casey que la confrontation avec elle dévoile. Ou comment la vie qui nous a blessés peut nous sauver...
L'autre défaut du film réside dans le personnage de la psychiatre. Car, même si elle apporte quelques éléments à l'intrigue (notamment quand elle explique comment un individu peut ainsi se dissocier et se transformer à la fois physiquement et psychiquement, pouvant être malade avec une personnalité et ne pas l'être avec l'autre), dans l'ensemble elle ne sert pratiquement à rien. Ainsi, on comprend qu'elle a étudié Kévin pendant des années mais ne semble découvrir comment il fonctionne que pendant ces quelques jours où il a enlevé ces adolescentes.

En conclusion : " Split " est un bon thriller psychologique (c'est peu de le dire), un peu long et qui aurait mérité d'avoir des personnages secondaires plus fouillés, mais qui mérite le détour pour les prestations incroyables de James McAvoy - et pour son cliffhanger juste... inattendu.




 

samedi 1 avril 2017

Jane Eyre

Après le Liban, je vous propose de retourner dans l'Angleterre du XIXe siècle. Je dis " retourner " car si vous avez déjà suivi quelques billets de ce blog, vous aurez noté que j'ai un penchant pour les classiques de cette période et de cette contrée, et particulièrement pour les romans de Jane Austen. Aujourd'hui, je vais vous proposer une critique non d'un des romans de Jane Austen mais d'un de ses consœurs (ou plutôt devrai-je dire de ses héritières car l'auteure est née quand Jane Austen est décédée - fermons cette longue parenthèse) : il s'agit de Jane Eyre de Charlotte Brontë.

BRONTË Charlotte, Jane Eyre (Livre de Poche, 2001)

Le roman présente l'histoire (à la première personne) de Jane Eyre. Ce que l'on peut dire, c'est que la vie n'a pas été tendre avec elle. Tout commence pendant l'enfance de Jane. Orpheline, elle a été confiée à son oncle, Mr Reed, un homme riche. Lui-même décède assez tôt après avoir fait promettre à sa femme de prendre bien soin d'elle. Bien sûr, cela ne se passe pas comme le défunt l'espérait. Mrs Reed prend très vite en grippe l'enfant, trop passionnée à son goût. Son fils, John Reed, la maltraite, ses filles l'ignorent. Bref, l'enfance de Jane est loin d'être idyllique. D'autant plus que tout le monde la traite de menteuse, d'enfant malhonnête voire diabolique. Autant dire que sa confiance en elle en prend un sacré coup.
Sa vie prend un tournant lorsque sa tante l'envoie en pensionnat à Lowood. Là aussi, l'enfant est diabolisée par le directeur de l'école (qui veut rester dans les petits papiers de Mrs Reed). Heureusement, elle se lie d'amitié avec une autre pensionnaire, Helen Burns. C'est la première amie de sa vie. Malgré les conditions difficiles, Jane commence à s'épanouir grâce à cette amitié et devient l'une des meilleures élèves du pensionnat.
Malheureusement, le destin frappe de nouveau la vie de Jane. Une épidémie de choléra frappe le pensionnat. De nombreuses élèves meurent et malheureusement, Helen est également emportée par la maladie. Jane se retrouve de nouveau isolée. Mais heureusement pour elle, cette mort lui permet de se rapprocher de Miss Maria Temple, la supérieure de l'école. En effet, Helen était sa préférée, d'autant que comme Jane, cette enfant était marginalisée par les autres. Miss Temple prend alors Jane sous son aile. À la suite de ce drame, la vie de Jane s'améliore, d'autant plus qu'à la suite de l'épidémie du choléra, les conditions de vie des pensionnaires s'améliorent (le directeur se fait d'ailleurs virer par les donateurs). Jane s'épanouit et après avoir été élève, elle prend la relève de Miss Temple et devient institutrice.
Mais à 18 ans, Jane Eyre a envie d'autre chose : elle veut découvrir le monde. Alors, quand elle lit dans un journal que Mrs Fairfax cherche une gouvernante à Thornfield, la jeune fille n'hésite pas et postule. Et là voilà partie du pensionnat pour devenir gouvernante à Thornfield.
Là aussi, la vie de Jane va prendre un nouveau tournant car elle va faire la rencontre de sa vie. En effet, en devenant la gouvernante d'Adèle, une jeune fille française, elle va rencontrer le protecteur d'Adèle et maître du château de Thornfield : Edward Fairfax Rochester. L'homme est à l'opposé de Jane : elle est jeune et pure alors que lui, âgé d'une quarantaine d'années, est un aventurier, assume de vivre dans le plaisir et parcourt le monde. Elle est calme et posée (ou feint de l'être), il est tempétueux et autoritaire. Mais très vite, comme cela arrive souvent dans les romans, ces opposés s'attirent. Mais les obstacles ne vont pas tarder à se mettre de nouveau sur le chemin de Jane Eyre d'autant que le château de Thornfield cache un lourd secret...

Il y a très longtemps que je voulais lire un roman des sœurs Brontë. Elles faisaient partie des classiques de ma PAL. Alors, après avoir relu Northanger Abbey de Jane Austen, j'ai continué sur ma lancée et après l'avoir téléchargé sur ma liseuse (et oui, je suis devenue adepte), je me suis plongé dans Jane Eyre.
Tout ce que l'on peut dire, c'est que Jane Eyre n'a pas une vie facile. On peut même dire que la vie s'acharne sur elle. Mais, à chaque fois, elle parvient à se relever. Car sous ses airs de petit oiseau fragile, elle cache une grande force de caractère qui lui permet à chaque fois de surmonter les épreuves et d'aller de l'avant. C'est une jeune femme résiliente, forte, déterminée, intelligente et indépendante. Ce qui n'est pas commun pour l'époque.
Comme chez Jane Austen, l'héroïne n'est pas présentée comme une faible femme qui a à tout prix besoin de l'homme pour vivre. Sans famille, Jane a appris à se débrouiller seule, devient gouvernante pour mettre à profit ses connaissances et subvenir à ses besoins, et même devient institutrice dans un village (dans la 3e partie du livre dont je ne vous ai pas parlé ici pour ne pas trop vous spolier l'histoire :-)), s'occupant de sa propre maison, seule. De plus, on peut même dire que c'est elle qui sauve Mr Rochester, et non l'inverse. C'est un personnage de femme émancipée, avant l'heure, à une époque où l'écriture de romans est déconseillée aux femmes (Charlotte Brontë aurait d'abord fait paraître Jane Eyre sous un pseudonyme masculin).

Dans l'ensemble, j'ai bien aimé Jane Eyre. C'est un roman qui se lit facilement, avec de jolies descriptions des paysages de la campagne anglaise et aussi grâce à son côté romantique et gothique avec l'ambiance mystérieuse du château de Thornfield. Pour autant, je n'ai pas accroché à l'histoire autant que je l'aurais voulu. Particulièrement avec l'histoire de Jane et de Mr Rochester. Même si ce sont des personnages très forts, bien décrits, je n'ai pas réussi à développer de l'empathie pour eux. Mr Rochester m'a paru trop autoritaire, imprévisible, impétueux. Face à ses changements d'humeur, j'ai eu du mal à comprendre comment Jane tombe sous son charme. Ainsi, je n'ai pas réussi à accrocher à  leur histoire, comme j'ai pu le faire avec celle d'Elizabeth Bennet et Mr Darcy. 
La comparaison avec les personnages de Jane Austen n'est pas totalement fortuite car je pense que ce qui fait que je n'ai pas totalement adhéré à Jane Eyre, c'est que c'est un roman qui manque d'humour. Certes, la vie de Jane ne se prête pas trop à la rigolade. Mais même dans ses passes verbales avec Mr Rochester et, plus tard Saint-John Rivers (un jeune pasteur qui va l'accueillir et qui va aussi jouer un rôle déterminant), Jane ne fait pas preuve d'impertinence ou de malice comme Elizabeth Bennet ou Henry Tilney dans Northanger Abbey. Et c'est dommage.

En bref, c'est un classique que je suis contente d'avoir découvert, une belle histoire avec une héroïne bien décrite, plus forte que ce qu'elle paraît, libre avant l'heure, une histoire d'amour passionnée mais qui ne m'a pas totalement séduite.

Par ailleurs, j'ai également visionné la dernière adaptation ciné réalisée en 2012 par Cary Fukunaga avec Mia Wasikowa et Michael Fassbender dans les rôles de Jane Eyre et Mr Rochester. C'est une jolie adaptation, qui retrace bien l'ambiance mystérieuse du livre quand Jane est au château de Thornfield, et les deux acteurs sont superbes (Michael Fassbender m'a même fait mieux apprécier le personnage de Mr Rochester). Cependant, j'ai regretté que le film ne s'attarde pas plus sur le pensionnat (Mrs Temple n'apparaît pas alors que c'est elle qui a donné le goût de l'enseignement à Jane) ainsi que sur la dernière partie avec Saint-John et ses sœurs mais malgré ces ellipses, j'ai bien aimé ce film (en plus, il y a Judi Dench dans le rôle de Mrs Fairfax et j'adore cette actrice). Je vous mets ici la bande-annonce pour vous donner une idée de l'ambiance et peut-être vous donner envie de voir le film (si ce n'est déjà fait) et de lire Jane Eyre (si ce n'est déjà fait également) :






 
 





 

mardi 28 mars 2017

La La Land


La La Land (USA) : 
de Damien Chazelle avec Emma Stone, Ryan Gosling, John Legend…

Synopsis : « Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ? » (source : Allô Ciné)
5 Oscars : Meilleur réalisateur, Meilleure actrice, Meilleure photographie, Meilleurs décors et Meilleure musique originale / 6 Golden Globes : Meilleur film musical, Meilleur réalisateur, Meilleure actrice dans un film musical ou une comédie, Meilleur acteur dans un film musical ou une comédie, Meilleur scénario, Meilleure musique originale / Mostra de Venise 2016 : Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine…
Autant l’avouer tout de suite : j’adore les comédies musicales. Je suis tombée dedans en 1997 (ça commence à remonter !) grâce à « Notre-Dame de Paris ». Au cinéma, j’en ai déjà vu pas mal : des superbes ("Moulin Rouge !" , "Chicago" …), des moins bonnes voire des nulles ("Nine"), des classiques ("Chantons sous la pluie" , "Funny Girl")  et d’aujourd’hui ("Pitch Perfect"). Alors forcément quand j’ai entendu parler d’une comédie musicale, avec en plus Ryan Gosling, je ne pouvais faire qu’une chose : aller la voir.
Dès la scène d’ouverture (une superbe séquence de danse sur l’autoroute de L.A.), on est de tout de suite embarqués. C’est simple, je n’avais qu’une envie : sauter sur mon siège et me mettre à danser en plein milieu du cinéma. On est tout de suite dans le ton : la musique, avec ses rythmes jazzy, nous entraîne, les couleurs des décors et des costumes sont vives. On est dans une comédie musicale qui va nous donner la pêche. C’est d’ailleurs le ton du film : « La La Land » fait partie de ces films idéaux pour redonner le moral après une sale journée, à l’instar d’un " Chantons sous la pluie " .
On suit donc l’histoire de Mia (Emma Stone), une jeune femme qui enchaîne les auditions et les désillusions, et qui travaille comme serveuse en espérant un jour devenir actrice et être en haut de l’affiche à l’instar des actrices de l’âge d’or d’Hollywood. À la sortie d’une fête, quelque peu dépitée, elle est attirée par les notes d’un piano. Elle entre dans un club de jazz et découvre Sebastian (Ryan Gosling), un musicien passionné de jazz rêvant d’ouvrir un club mais qui a du mal à faire partager sa passion et doit faire des petits boulots pour survivre. Il se fait virer sous les yeux de Mia et passe devant elle, sans un mot. Autant dire que cela commence mal entre eux.
Heureusement, la vie va se charger de réunir ces deux rêveurs lors d’une fête (ce qui donne d’ailleurs une des scènes les plus drôles du film). Comme dans toute histoire d’amour au cinéma, au départ, ils ne se supportent pas, puis se tolèrent, deviennent amis, partagent leurs rêves et leurs passions et puis tombent amoureux… Tout ça en musique et en danse.
" La La Land ", c’est l’histoire d’amoureux, de rêveurs dans la cité des anges. C’est aussi un hommage au cinéma avec des clins d’œil à « La Fureur de vivre » avec James Dean, à l’âge d’or d’Hollywood, aux comédies musicales avec Gene Kelly… C’est aussi un hommage au jazz, cette musique que Sebastian adore et qu’il veut faire revivre un jour en ouvrant son propre club où chacun pourra jouer comme il voudra. C’est un film sur les rêves d’une époque dorée.
Mais c’est aussi un film sur l’envers de la médaille, quand la réalité rattrape les doux rêveurs. Quand, pour frôler son rêve, on se retrouve obligé de faire des concessions, quitte à avoir l’impression de se compromettre. C’est un film sur la difficulté de grandir et de concilier ses rêves d’enfant avec la réalité…
Et c’est une comédie musicale. La musique aux sonorités jazzy est entraînante : si vous arrivez à ressortir de la salle de cinéma sans avoir quelques notes de « City of Stars » ou « Another Day of Sun », c’est que vous êtes un extraterrestre (ou que vous êtes sourd). Les morceaux instrumentaux prédominent mais il y a quelques chansons (en fait 5 au total, ce qui est un nombre assez correct pour un film musical) principalement chantées par Ryan Gosling et Emma Stone. Tous deux ont une jolie voix, sans en faire trop : ils ne sont pas de grands chanteurs mais finalement, c’est tant mieux. Pas de grandes vocalises mais des morceaux d’émotion, de sincérité. Ce qui donne de jolies chansons (particulièrement la chanson « City of Stars », séquence piano-voix où la complicité des acteurs est évidente).  Les séquences de danse sont magnifiques, pas forcément grâce à la virtuosité de Ryan Gosling et Emma Stone (ils dansent quand même bien mais ce ne sont pas des Fred Astaire et Gigi Rogers) mais par la mise en scène : elles sont tantôt aériennes, poétiques, tantôt colorées, dynamiques… Un vrai régal pour les yeux. Damien Chazelle est vraiment un sacré réalisateur. Certaines scènes sont dignes de vrais tableaux de peinture (le passage où Mia et Sebastian se rêvent à Paris). Le tout est très bien équilibré, ce qui fait que l’on passe 2h sans voir le temps passé ni en avoir ras-le-bol des numéros chantés et dansés (ce qui peut parfois arriver, comme ça a été le cas pour moi avec « Les Misérables » où ils ne font que chanter et c’était trop !!).
Enfin, il y a les acteurs. J’avais déjà beaucoup aimé Ryan Gosling dans les films « Half Nelson » (où je l’ai découvert et où il jouait un prof d’Histoire toxico), " Blue Valentine " , « N’oublie jamais » et bien sûr " Drive ". Il fait partie des acteurs d’aujourd’hui que j’apprécie beaucoup (avec Michael Fassbender et James McAvoy). Quant à Emma Stone, je l’avais seulement vue dans « Magic in the Moonlight » et la comédie romantique « Crazy, Stupid, Love » où elle jouait déjà avec Ryan Gosling. Dans ces films, elle ne m’avait pas spécialement marquée mais là, je dois admettre que je l’ai trouvé géniale dans " La La Land ". Avec ses grands yeux, elle est très expressive, émouvante, et elle peut à la fois être très drôle et malicieuse. Leur couple fonctionne à la perfection. Certains peuvent déplorer le fait que ce ne sont pas de grands danseurs ni de grands chanteurs mais on ne peut pas nier une chose : ce sont de grands acteurs. La scène de la dispute (la seule sans musique) en est d’ailleurs une très belle démonstration.
Vous l’aurez compris, je pense : alors que ma 1ère critique de « Passengers » était une déception, ma 2nde pour « La La Land » est simplement un énorme Coup de Cœur !! J’ai été emballée par cette comédie musicale, par cette histoire certes déjà vue et revue (même si la fin, elle, n’est pas forcément ce qu’on attendait – et tant mieux) mais tellement bien jouée et mise en scène, par la musique, par les décors (avec des vues de L.A. qu’on ne voit pas forcément au ciné)… Bref, « La La Land » fait déjà partie des films que je verrai encore et encore avec plaisir (surtout un jour de bourdon pour me redonner le moral).
Si vous ne l’avez pas encore vu (et que vous aimez les comédies musicales et/ou le jazz, Ryan Gosling, Emma Stone, L.A., l’âge d’or d’Hollywood…) : courrez-y vite !
Petit plus : pour vous donner une idée de l’ambiance musicale du film, vous pouvez écouter la B.O. sur Deezer (et ainsi fredonner « City Of Star »).
 

vendredi 24 mars 2017

Les vies de papier


ALAMEDDINE Rabhi, Les vies de papier 
(Les Escales, 2016)
 
Présentation de l’éditeur : " Aaliya Saleh, 72 ans, les cheveux bleus, a toujours refusé les carcans imposés par la société libanaise. À l’ombre des murs anciens de son appartement, elle s’apprête pour son rituel préféré. Chaque année, le 1er janvier, après avoir allumé deux bougies pour Walter Benjamin, cette femme irrévérencieuse et un brin obsessionnelle commence à traduire en arabe l’une des œuvres de ses romanciers préférés : Kafka, Pessoa ou Nabokov. À la fois refuge et  » plaisir aveugle « , la littérature est l’air qu’elle respire, celui qui la fait vibrer comme cet opus de Chopin qu’elle ne cesse d’écouter. C’est entourée de livres, de cartons remplis de papiers, de feuilles volantes de ses traductions qu’Aaliya se sent vivante. Cheminant dans les rues, Aaliyah se souvient ; de l’odeur de sa librairie, des conversations avec son amie Hannah, de ses lectures à la lueur de la bougie tandis que la guerre faisait rage, de la ville en feu, de l’imprévisibilité de Beyrouth... "
 
PRIX FEMINA DU ROMAN ÉTRANGER 2016

L’un des privilèges à travailler en bibliothèque est que l’on peut découvrir des livres auquel on n’aurait pas pensé par ailleurs. C’est le cas avec ce livre, prix Femina du roman étranger 2016. Je lis très peu les prix littéraires, j’ai tendance à m’en méfier, par peur de tomber sur des livres au style trop pompeux et intellectuel. Sauf pour le Goncourt des lycéens qui m’a permis de découvrir Joël Dicker. Et maintenant le Femina.

Les vies de papier dresse la vie d’Aaliya, Libanaise de 72 ans, qui vit seule dans son appartement, entourée de livres d’auteurs du monde entier qu’elle s’attèle à traduire en arabe. Elle ne se considère pas pour autant comme une traductrice mais juste comme une amoureuse des livres. Et quelle amoureuse ! Kafka, Proust, Flaubert, Dostoïevski… : Aaliya est une sacrée lectrice, une érudite même. C’est simple, à côté je me suis sentie bien petite ! D’autant plus qu’elle lit les ouvrages non pas en arabe (puisqu’elle les traduit elle-même) mais en français et en anglais. Imaginer lire Proust en français quand ce n’est pas sa langue naturelle : je dis chapeau.

J’ai été d’autant plus admirative de l’érudition d’Aaliya qu’elle a quitté l’école à 16 ans quand elle a été mariée à un homme qu’elle connaissait peu et qu’elle n’aimait pas, comme tant d’autres femmes avant elle. Car l’intérêt des vies de papier réside dans cette autobiographie d’une femme libanaise : au fil des pages, Aaliya distille des morceaux de sa vie et de la vie de Beyrouth. Une vie de femme indépendante dans un monde où les femmes ne sont considérées que comme épouses et mères, une vie de femme dans un pays confronté à différents conflits. Aaliya a connu la guerre, les bombes, la faim mais aussi le patriarcat. Elle a réussi à tracer son chemin, de manière indépendante, grâce aux livres et à la librairie dans laquelle elle travaillait.

Les vies de papier est un joli hymne aux femmes et à la littérature. C’est aussi une réflexion sur le temps qui passe, notamment quand Aaliya est confrontée à sa mère et aux souvenirs des personnes disparues qui ont croisé son chemin. Il y a une jolie galerie de personnages autour de cette femme solitaire (mention spéciale aux trois voisines, image même des commères bien plus bienveillantes que prévues), de l’humour et de l’émotion, mais sans en faire trop. Aaliya ne s’apitoie jamais sur son sort même quand elle évoque la guerre. Et bien sûr, c’est un hymne à la littérature, à la beauté des mots, capables de sauver une personne et de l’extirper du destin que son entourage et la société libanaise lui prédestinaient.

Même si ça n’a pas été un coup de cœur, j’ai bien aimé ce livre à la fois par rapport à sa déclaration d’amour pour la littérature (ça m’a permis de découvrir des noms d’auteurs que j’ignorais jusque-là) mais surtout pour ce joli portrait d’une femme âgée, digne et indépendante et, à travers elle, le portrait d’une société libanaise qu’en tant qu’Occidentale, je connais très peu.

Une jolie découverte pleine de sensibilité, d’humour, qui permet de découvrir la vie des femmes libanaises à travers la magie de la littérature.